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Vie

Mon enfant ne veut plus venir à l'église, et j'ai peur

Un dimanche, il reste dans sa chambre. Puis un autre. Et on se demande ce qu'on a raté, ce que diront les autres, et s'il faut l'obliger.

Par La rédaction AyinPrayer7 min de lecture
Ayin, image provisoire
Sommaire
  1. Mon enfant ne veut plus aller à l'église : on n'est pas les seuls
  2. « Qu'est-ce que j'ai raté ? »
  3. La honte devant la communauté
  4. Adolescent qui perd la foi : ce que dit la psychologie
  5. La tentation de forcer
  6. Mon fils ne croit plus en Dieu : garder la relation
  7. Ce que le texte laisse voir

Ça commence souvent par un dimanche ordinaire.

Il est tard. On l'appelle. Il ne descend pas. Ou il descend, mais il dit une phrase qu'on n'avait pas prévue : « Je ne viens pas. » Parfois il ajoute : « Je n'y crois plus. » Parfois il ne dit rien, et c'est pire.

On part sans lui. On chante à côté d'une place vide. Quelqu'un demande de ses nouvelles à la sortie. On répond qu'il est fatigué.

Ce qu'on ne dit pas, c'est la peur. Et, juste derrière, une question qui ne lâche pas : qu'est-ce que j'ai raté ?

Mon enfant ne veut plus aller à l'église : on n'est pas les seuls

Sur les forums de parents chrétiens, les mêmes mots reviennent. Un père parle de son fils de 18 ans comme d'« une monstrueuse déception ». Il se reproche de ne pas l'avoir accompagné dans la foi quand il était enfant. Des parents demandent s'ils doivent obliger leur fille de 14 ans à les accompagner, alors que son grand frère a arrêté sans qu'on lui dise rien. Ils ont peur d'être injustes. Ils ont peur, surtout, de la perdre.

Les chiffres disent que ce n'est pas rare.

En 2017, Lifeway Research a interrogé 2 002 Américains de 23 à 30 ans. Parmi ceux qui allaient régulièrement dans une église protestante au lycée, 66 % ont arrêté pendant au moins un an entre 18 et 22 ans.

En 2019, l'institut Barna publiait un chiffre proche. 64 % des 18 à 29 ans qui ont grandi à l'église disent s'en être éloignés à l'âge adulte, après y avoir été actifs enfants ou adolescents. En 2011, ils étaient 59 %.

Et en 2025, le Pew Research Center a publié sa grande enquête sur la religion aux États-Unis, menée auprès de près de 37 000 adultes. Chez les 18 à 24 ans élevés dans une famille très religieuse, 28 % seulement le sont restés eux-mêmes.

Ce sont des chiffres américains. Ils ne racontent pas chaque famille. Mais ils disent au moins une chose : l'enfant qui ne vient plus n'est pas une exception honteuse. Il est, souvent, la règle.

« Qu'est-ce que j'ai raté ? »

La culpabilité arrive vite. On repasse les années. Les prières du soir qu'on a sautées. Les disputes devant lui. Ce qu'on a dit, ce qu'on n'a pas dit.

Les jeunes, eux, donnent d'autres raisons. Dans l'étude Lifeway, 96 % de ceux qui ont arrêté citent un changement dans leur vie : les études, un déménagement, le travail. 32 % disent que les membres de l'église leur semblaient jugeants ou hypocrites. 29 % disent avoir perdu le lien avec les gens de l'église. Et 70 % citent aussi des raisons de croyances religieuses, morales ou politiques.

Ce n'est pas une seule cause. Ce n'est presque jamais un seul parent.

Il serait faux de dire que les parents ne comptent pas. Ils comptent. Parmi ceux qui sont restés, 43 % disent avoir suivi l'exemple de leurs parents ou de leur famille. Mais compter, ce n'est pas tout décider. Un enfant n'est pas le résultat d'une recette.

La honte devant la communauté

Il y a une autre douleur, plus silencieuse. Celle d'être regardé.

À l'église, on connaît les familles. On sait qui est là, qui n'est plus là. Et un parent dont l'enfant s'éloigne peut se sentir jugé, même quand personne ne dit rien. Comme si la foi de son fils était une note sur son propre bulletin.

Alors on invente des excuses. On évite certaines conversations. On arrête de parler de lui au groupe de maison. On porte ça seul, exactement comme on reproche parfois à son enfant de porter ses doutes seul.

Adolescent qui perd la foi : ce que dit la psychologie

Le psychologue Erik Erikson a décrit l'adolescence comme le temps de l'identité. On cherche qui on est. On essaie des idées, des rôles, des croyances. On met parfois en pause ce qu'on a reçu, le temps de voir ce qu'on en garde.

Ça touche tout. Les amis, les goûts, la politique, l'avenir. Et la foi aussi.

Vu de l'extérieur, ce tri ressemble à un rejet. Vu de l'intérieur, c'est souvent une question : est-ce que je crois ça parce que c'est vrai, ou parce que mes parents le croient ? Une foi qui a toujours été celle de la famille doit un jour devenir la sienne, ou pas. Personne ne peut faire ce passage à sa place.

La tentation de forcer

Quand on a peur, on veut tenir. On se dit qu'il est encore sous notre toit. Qu'il viendra, qu'il le veuille ou non.

Des chercheurs ont regardé ce que la manière de transmettre change. En 2015, Maria Brambilla, Avi Assor et leurs collègues ont interrogé 394 jeunes catholiques du nord de l'Italie, âgés de 17 à 31 ans. Ils ont distingué deux façons de pratiquer. L'une vient de l'intérieur : on le fait parce qu'on y tient. L'autre est vécue comme une pression : on le fait pour ne pas se sentir coupable, ou pour ne pas perdre l'approbation.

La première allait avec des parents qui écoutaient le point de vue de leur enfant, lui laissaient des choix et limitaient le contrôle. Et avec des parents qui vivaient leur foi de façon visiblement heureuse. La seconde allait avec ce que les chercheurs appellent l'estime conditionnelle : plus d'affection quand l'enfant se conforme, moins quand il ne le fait pas. Même la chaleur des parents n'en effaçait pas l'effet.

Les auteurs en tirent une conclusion simple. Donner de l'affection sans la rendre dépendante de l'obéissance religieuse.

Sur un forum, une femme raconte sa grand-mère qui la traînait à la messe, et l'amour qui semblait en dépendre. Adolescente, elle mentait pour dire qu'elle y était allée. On peut obtenir une présence. On n'obtient pas une conviction.

Mon fils ne croit plus en Dieu : garder la relation

Le sociologue Vern Bengtson a suivi pendant plus de trente ans des familles sur trois ou quatre générations. Son livre de 2013, Families and Faith, arrive à une conclusion que les recensions reprennent toutes : la chaleur entre parents et enfants est la clé de la transmission. Un lien proche avec le père compte même davantage que celui avec la mère. Et l'une des menaces, c'est de trop peu faire, ou de pousser trop fort.

Ce n'est pas une méthode. C'est plutôt un déplacement. La question n'est plus seulement « est-ce qu'il vient dimanche ? ». Elle devient aussi « est-ce qu'il peut encore me parler ? ».

On peut dire à son enfant qu'on a peur. On peut lui dire qu'on prie pour lui, sans en faire une arme. On peut rester à table avec quelqu'un qui ne croit plus comme nous. Ça ne garantit rien. Mais ça laisse une porte qui ne claque pas.

Il faut le dire honnêtement : certains reviennent, d'autres non. Dans l'étude Lifeway, 31 % de ceux qui avaient arrêté ont retrouvé une pratique régulière. Ce n'est pas une promesse. C'est un chiffre. Et un enfant n'est pas un pourcentage.

Ce que le texte laisse voir

Dans l'Évangile de Luc, Jésus raconte l'histoire d'un père et de deux fils. On se souvient surtout du retour. On oublie souvent le départ.

« Le plus jeune dit à son père: Mon père, donne-moi la part de bien qui doit me revenir. » >Luc 15:12

Le texte ne décrit pas de dispute. Il ne dit pas ce que le père a ressenti. Il dit seulement qu'il a partagé son bien, et que le fils est parti. Le père ne l'enferme pas.

On ne sait pas ce que ce père a fait pendant l'absence. Le texte se tait là-dessus. Peut-être qu'il a attendu. Peut-être qu'il s'est demandé, lui aussi, ce qu'il avait raté.

Ce soir, on n'a peut-être rien à régler. Juste à dire, quelque part, ce qu'on n'ose pas dire à l'église : j'ai peur pour mon enfant, et je ne sais pas quoi faire.

La rédaction AyinPrayer

Les articles signés par la rédaction sont écrits ou relus par l’équipe d’AyinPrayer, selon la charte éditoriale.

Sources

  1. Lifeway Research, « Most Teenagers Drop Out of Church When They Become Young Adults » (janvier 2019, enquête de septembre et octobre 2017)
  2. Barna Group, « Church Dropouts Have Risen to 64%, But What About Those Who Stay? » (septembre 2019)
  3. Pew Research Center, « Decline of Christianity in the U.S. Has Slowed, May Have Leveled Off », Religious Landscape Study 2023-24 (février 2025)
  4. Brambilla, Assor, Manzi et Regalia, « Autonomous Versus Controlled Religiosity: Family and Group Antecedents », The International Journal for the Psychology of Religion (2015)
  5. BYU Studies, recension de Vern L. Bengtson, *Families and Faith: How Religion Is Passed Down across Generations* (2013)
  6. History News Network, recension de *Families and Faith* de Vern Bengtson
  7. Erikson, identité contre confusion des rôles (Lumen Learning, Lifespan Development)
  8. Cité catholique, « Mon fils 18 ans, je ne sais plus quoi faire, quoi dire » (forum)
  9. jecherchedieu.ch, « Ma fille de 14 ans ne veut plus nous accompagner à l'église, que faire ? »
  10. Votre psychologie, « Forcer ses enfants à aller à la messe ? » (forum)
  11. Luc 15:12, Louis Segond 1910

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